Odile Neuburger est née le 26 août 1920; Hélène le 27 mars 2021. En 1929, leurs parents les inscrivent au Cours Boutet de Monvel, 265 rue Saint Honoré à Paris. Elles y feront toute leur scolarité jusqu’en 1938, année où elles sont reçues au baccalauréat. Après ce sera la Sorbonne, où Hélène fréquente beaucoup l’Institut d’Anglais et Odile … la pâtisserie Marcusot, au coin de la rue Racine et du Boulevard Saint Germain

Hélène et Odile à leur pupître (dessin d’Odile, 1er janvier 1935)

Odile et Hélène appartiennent à cette même bourgeoisie israélite qui a pour la République une reconnaissance infinie, parce que, laïque, elle les considère comme ses enfants au même titre que des citoyens d’autres confessions ; une bourgeoisie qui a versé son sang pour la France pendant la grande guerre, et qui, passée tout naturellement de l’étude de la loi divine à celle des humanités et des sciences, la sert dans les entreprises, les tribunaux et les ministères, où elle occupe de hautes responsabilités.

Polytechnicien, chimiste hors-pair, Raymond BERR, le père d’Hélène est Vice-Président Directeur Général des Établissements Kuhlmann, l’une des plus importantes entreprises chimiques Françaises.

Centralien, mais surtout musicien, le père d’Odile abandonne la voie scientifique et rachète une maison d’éditions musicales, avec laquelle il publie les œuvres des compositeurs de l’époque, notamment son ami Arthur HONEGGER.

Hélène et Odile voient les mêmes amis, vont dans les mêmes bals, ont les mêmes danseurs. Au-delà de la proximité sociale, il y a la complémentarité des tempéraments. Les deux amies sont timides et pudiques, mais ces caractéristiques se manifestent de façon opposée. Même si elle ne dédaigne pas les plaisirs de l’adolescence, et si avec sa famille elle fait quelques voyages ou va aux sports d’hiver, Hélène cultive sa vie intérieure, s’enracine au Vivier, la propriété familiale située à 40 km de Paris, et développe une maturité peu commune pour son âge. Odile au contraire, et c’est sans doute ce qui attire Hélène, lutte contre sa timidité en jouant les affranchies, virevolte, fait mine de s’intéresser aux garçons, s’intègre à des bandes d’adolescents de son âge, part l’été à la montagne, en Normandie, en Angleterre, au Pays basque. Les jeunes filles s’attirent l’une l’autre à la fois parce qu’elles partagent les mêmes valeurs et parce qu’elles trouvent en l’autre ce qu’elles aimeraient avoir en elles.

Avec le temps, cette attirance devient de plus en plus forte. A Odile Hélène peut se confier, parler de choses qu’elle ne confierait pas à ses parents, ni à ses soeurs. Odile devient « ma petite soeur chérie », « ma Mieux-Aimée ». Odile utilise les mêmes expressions vis-à-vis d’Hélène. Elle est aussi un peu, pour les parents d’Hélène, une troisième fille. Elle leur voue d’ailleurs une affection immense.

15 juillet 1938 – Lettre d’Odile à Hélène

Lettre d’Odile à Hélène du 15 juillet 1938

Lorsqu’en Mars 1942 le père d’Odile échappe de justesse à une arrestation par les Allemands, les deux amies doivent se séparer.

Le 29 Mars 1942 – 1 jour avant son départ pour la zone libre Odile rend vsite à Hélène [1]

« Hélène, j’ai quelque chose de difficile à te dire. »

« Pense que je t’aime et cela deviendra facile »
Nous sommes passés dans sa chambre, où le soleil se répand à flot par-dessus les frondaisons du Champ de Mars. J’ai pris ma place habituelle sur le divan dont je torture les coussins, tandis qu’elle attend mon aveu, droite sur son fauteuil, avec son air calme de petite fille sage et son air gauche de petite fille modeste. Hélène, mon amie de toujours, qui a partagé toutes mes expériences, y compris celles de la période actuelle, rêveuse et active, qui trouve encore le moyen aujourd’hui de [combiner] son amour de l’étude avec ses récentes fonctions d’assistante sociale. Je regarde son visage mat où semble se jouer un reflet des soleils d’Espagne, ce visage tellement plus merveilleux que beau, si lumineux d’intelligence et de bonté, si tendu et si mobile dans sa volonté de compréhension, qu’on a toujours l’impression de le voir palpiter comme celui d’un épagneul en arrêt, flairant d’où souffle la vérité. Hélène, si brune et si semblable pourtant au nom qu’elle porte. Je n’ai jamais vu tant de clarté que dans les grands yeux noirs d’Hélène. C’est vrai qu’avec elle tout devient facile, car il n’y a pas un atome de petitesse ni d’égoïsme dans son âme

Le 7Avril 1942, Hélène 9 jours après le départ de sa confidente, Hélène commence son Journal. Et 2 jours plus tard elle écrit: « Odile est définitivement partie juste au moment où il y avait un épanouissement et un approfondissement de notre amitié qui se préparait. Comment vais-je faire maintenant? »[2]

Hélène se confie désormais à son Journal. Mais le lien avec Odile n’est pas rompu. Les deux amies s’écrivent.

« Tu connais la valeur des lettres. Elles sont un moyen d’expression tellement plus vrai, tellement plus sincère que la parole. On peut s’écrire tant de choses qu’on ne peut pas se dire. »[1]


[1] Lettre d’Odile à Hélène, 3 juin 1943.

Au début la communication est difficile. Les Allemands imposent que la correspondance entre la zone libre et la zone occupée se fasse sur des cartes-lettres que la censure peut déchiffrer: le peu d’espace fait que l’écriture se transforme en pattes de mouches.

Première carte lettre d’Odile à Hélène, dâtée du 30 mars 1942, où elle raconte en termes codés son passage de la ligne de démarcation.

Puis quelques mois après que les Allemands on envahi la zone libre, ce sont à nouveau de vrais lettres, celles qu’un miracle a fait revenir à la surface lorsqu’en mars 2020, quelques jours avant le confinement, les enfants d’Odile découvrent un trésor.

Première vraie lettre d’Hélène à Odile depuis l’Occupation, datée du 27 février 1943

Seulles les lettres d’Odile à Hélène qui vont jusqu’au 1er septembre 1943 ont étéretrouvées. Les autres ont été vraisemblablement perdues ou détruites par les Allemands lorsqu’ils ont occupé la propriété des Berr à Aubergenville. Ou par les occupants de l’appartement de l’avenue Elysée Reclus qu’un collaborateur a occupé après que la Gestapo ait été averti de la présence des BERR (par la concierge?) qui depuis janvier 1944 se cachaient chez des amis. La plupart des lettres d’Hélène à Odile de février 1943 à mars 1944 ontété retrouvées, et témoignent d’échanges nourris entre les deux amies.

Le 10 février 1944 Hélène écrit à Odile: « c’est le plus grand bien qui me reste, ces lettres.

Et le 1er mars 1944, c’est la dernière lettre d’Hélène. Elle se termine ainsi:


Le 8 mars 1944 Hélène est arrêtée. Sa dernière lettre à Odile date du 1er mars. Le 15 mars Odile écrit à son fiancé prisonnier en Allemagne : « Si jamais elle ne devait pas s’en relever, il me semble que j’en serai marquée pour toute ma vie. Je ne sais pas comment j’aurais pu supporter toutes ces années si je ne l’avais pas eue … »[2]. Le 27 mars, jour de ses 23 ans, Hélène est déportée avec ses parents, Raymond et Antoinette.

En avril 1945, Odile apprend « l’horrible fin qu’a eu une fille comme elle, une fille qui a connu la même vie que nous, le même bonheur tranquille, et qui meurt d’épuisement après un an de souffrances, après avoir vu sa mère partir à la chambre à gaz, après avoir été traînée pendant des centaines de kilomètres à pied, et après avoir été battue, battue jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus. … c’est une vision qui me poursuivra toujours, et qui ne deviendra jamais plus supportable. »[3]

[1] (Extrait de Odile NEUBURGER « La Belle Etoile », chapitre Le goûter chez Hélène, ,à paraître aux Editions Transmettre fin 2026)

[2] Hélène Berr « Journal », Tallandier 2008

Hélène dont le destin a été tragique, est connue par son Journal, publié longtemps après sa mort (en 2008) par TallandIer, à l’initiative de sa nièce Mariette Job, avec l’assentiment de ses autres nièces et neveux., et qui tiré à près de 150 000 exemplaires a été traduit en 27 langues.

Odile, jusqu’il y a peu, n’était connue pour son talent littéraire qu’au sein de sa famille. Pourtant, le 22 mars 1942, Odile échange avec son amie Hélène Berr sur son désir d’écriture et Hélène l’encourage. [1]

Après cela, comment écrire ?

Après cela. Odile s’est tue. Dans sa chambre, sur la commode, une photo d’Hélène souriant. A son fils Antoine, âgé de 10 ans, qui l’interrogeait, elle répondait, les yeux embués: « Tu sais, j’avais une amie … ». La suite ne venait pas.

Mais avant ? La découverte en 2022 par les d’Odile d’un véritable trésor littéraire, caché dans un grenier a déjà permis la publication de deux ouvrages, donnant ainsi raison aux encouragements d’Hélène :

  • Hélène Berr – Odile Neuburger, « Correspondance 1934 – 1944 », Tallandier, octobre 2022
  • Le « Journal d’Odile Neuburger », Editions Transmettre, juillet 2026

Et fin 2026 et mi 2027, deux autres parutions devraient voir le jour :

  • Odile Neuburger « La Belle Etoile », Roman autobiographique, Editions Transmettre
  • Odile Neuburger « Lettres à Hélène Berr – Extraits Inédits », Editions Transmettre

[1]  Voir page ci-après la conversation entre Odile et Hélène à paraître dans Odile Neuburger, « La Belle Etoile, chapitre le Goûter chez Hélène », à paraître, Editions Transmettre, fin 2026

[2]  Voir « Journal d’Odile Neuburger, Editions Transmettre, Juillet 2026

[3] Ibidem

Ci-dessous quelques autres spécimens de leur écriture

15 septembre 1936 – Lettre d’Hélène à Odile
14 septembre 1938 – Lettre d’Hélène
Lettre d’Odile du 25 septembre 1938
3 août 1939 – Lettre d’Odile