L’ouvrage déjà publié
Lorsque les enfants d’Odile ont découvert dans un grenier, quelques jours avant l’épidémie de COVID, 154 lettres d’Odile à Hélène[1] et 74 lettres d’Hélène à Odile, couvrant la période 1934-1944, les Éditions TALLANDIER ont souhaité publier la Correspondance entre les deux jeunes filles[2]. Celle-ci en effet jette un éclairage sur l’enfance et l’adolescence d’Hélène, sur son évolution vers une extraordinaire profondeur, couvre en partie la période pendant laquelle Hélène a interrompu son journal, et se prolonge jusqu’au 1er mars 1944, huit jours avant l’arrestation d’Hélène et ses parents, moins d’un mois avant leur déportation.[3]
Au total 218 lettres, beaucoup d’une dizaine de pages, écrites, au moins à partir de la fin des années 1930 dans un style souvent éblouissant. L’ouvrage tel qu’il a été publié fait plus de 400 pages dans l’édition originelle, plus de 500 dans l’édition en format poche. Si Tallandier avait publié l’intégralité des lettres, l’ouvrage aurait fait au moins le double. Le choix a donc été fait de publier l’intégralité des lettres d’Hélène à Odile, et des extraits des lettres d’Odile, principalement lorsque le texte de ces dernières est centré sur la relation avec son amie. Ce choix d’extraits permet de mesurer l’intensité de la relation entre les deux jeunes filles. Paradoxalement, il ne permet pas vraiment de comprendre ce qui, chez Odile, attirait Hélène, car les textes les plus beaux de la première, ou ceux qui reflètent le mieux sa personnalité, ne sont pas nécessairement ceux qui correspondaient au critère choisi. C’est pourquoi, avec l’accord des Éditions TALLANDIER, les enfants d’Odile se sont réservé le droit de publier dans un ouvrage séparé des extraits inédits des lettres d’Odile NEUBURGER à Hélène BERR. Le présent ouvrage est le résultat de cette approche différente, plus littéraire qu’historique, mais qui éclaire de façon complémentaire la relation entre les deux jeunes filles.
Les Extraits-Inédits
Les extraits qui composent, cet ouvrage, différents de ceux publiés par Tallandier, ont été choisis pour leur qualité d’écriture, tantôt poétiques, tantôt gentiment moqueurs (Odile était une caricaturiste qui se moquait d’abord d’elle-même). Ils couvrent la période septembre 1936 – août 1943, date à partir de laquelle, hélas, les lettres d’Odile à Hélène n’ont pas été retrouvées. Hélas, car à travers les lettres qu’Hélène écrit à son amie, à un moment où le danger se resserre autour d’elle et où, sans renoncer à l’espoir d’une vie heureuse, elle se prépare mentalement au pire, on comprend que c’est sans doute le moment où les lettres d’Odile lui ont été les plus précieuses. Par souci de continuité chronologique, un mini-journal, reconstitué à partir de lettres d’Odile à ses parents ou à son fiancé, permet de se faire une idée de la vie d’Odile d’octobre 1941 à mars 1942, période au cours de laquelle on n’a pas de lettres à Hélène puisqu’Odile l’a retrouvée à Paris et la voit de façon quasi-quotidienne.
[1] Ces lettres avaient été remise à Odile, quelques jours avant son mariage le 23 juillet 1945, par Denise BERR, une des deux sœurs aînées d’Hélène, accompagnées d’un mot déchirant.
[2] Hélène BERR – Odile NEUBURGER, Correspondance 1934 – 1944, Ed. Tallandier, octobre 2022, ci-après désignée comme « La Correspondance »
[3] Le 27 mars 1944, jour de l’anniversaire d’Hélène.