Du côté de la mère d’Odile, c’était une véritable tribu, d’oncles et tantes, de cousins, cousines et d’alliances, qui comportait des gens aussi différents que le capitaine DREYFUS, le constructeur André CITROËN, le futur grand banquier de chez Lazard André MEYER, et toute leur parentèle.
Sur cette dernière régnaient deux soleils, Grand Maman BAUR et Grand-Maman WEILL, la mère de Grand Maman BAUR, que ses nombreux petits-enfants[1] appelaient Grand-Maman VIEILLE. Née Adèle DREYFUSS, elle était veuve depuis de nombreuses années du Grand Rabbin Emmanuel WEILL Son frère était le Grand Rabbin Heymann Loeb DREYFUSS de Saverne
Grand Maman Baur et Grand Maman « Vieille » dans les années 1940

Sans parler des frères de Grand-Maman BAUR, le Grand Rabbin de Paris Julien WEILL, ou le docteur Benjamin WEILL-HALLÉ, immense, maigre, droit comme un I, avec une canne à pommeau, qui joua un rôle majeur pour la santé publique en France, pour les œuvres juives clandestines protégées par l’UGIF pendant la guerre, et plus tard pour donner aux femmes la maîtrise de leur grossesse, en appuyant sa seconde épouse dans la création du Mouvement pour le Planning Familial.
[1] Avec son mari, le Grand Rabbin Emmanuel WEILL, elle avait eu un enfant tous les deux ans pendant 20 ans. Lors de son 90ème anniversaire, elle avait autour d’elle près de 100 descendants.
Odile, Grand Maman Baur, et Grand Maman Weill (in Odile Neuburger, « La Belle Etoile » à Paraîte Editions Transmettre fin 2026.
Mais la plus belle de toutes, c’était ma Grand’mère. Grande, les traits fins et réguliers, les cheveux entièrement blancs, à peine ridée, elle avait l’air d’une jeune vieille marquise. A côté d’elle, aussi petite et menue qu’elle était grande et forte, se trouvait mon arrière-grand-mère, qui n’avait guère alors que 78 ans. On se demandait comment un si petit bout de femme avait pu engendrer une si grande famille. Je crois bien qu’aujourd’hui, en comptant ses 7 enfants vivants (le 8ème ayant été tué en 1918), les enfants de ses enfants (entre autres les 8 enfants mariés de ma grand-mère et leurs propres rejetons, jusqu’aux deux garçons d’un de ses arrière-petit-fils), elle possédait plus d’une centaine de descendants directs. Une centaine de citoyens français. Et c’est à une femme comme celle-là qu’on refuse à présent le titre de française ![2] Je la revois, toute droite sur son fauteuil, marmottant des prières en hébreu avec une telle assurance que si elle se trouvait en avance d’un verset sur l’officiant, on pouvait être certain que « c’était lui qui se trompait ».
[2] Elle était née en 1847 à Schirrhoffen, en Alsace, à quelques kilomètres de la frontière allemande. A cette époque, 71% de la population de Schirrhoffen était juive.


